L'or de Tombouctou

     Au nord du Mali, au creux du coude où le fleuve Niger s'est aventuré jusqu'aux confins du Sahara, là où le chameau, vaisseau du désert, prend le relais de la pirogue, s'étend l'une des villes les plus mystérieuses, les plus secrètes, les plus farouches d'Afrique. Tombouctou, fondée vers 1100 par les Touaregs puis entièrement islamisée, était interdite aux Infidèles, encore que René Caillé avait réussi, l'un des premiers, à y entrer par ruse en 1828.

     Tombouctou était devenue un centre culturel, religieux et intellectuel parmi les plus importants du monde islamique. L'on y comptait trois cent trente trois saints et d'innombrables mosquées, célèbres par leur étonnante architecture de terre, au sein desquelles, au XVème siècle, vingt cinq mille étudiants psalmodiaient les versets du Coran. Ces mêmes chefs d'oeuvre que la folie des hommes détruira plus sûrement que les outrages du temps.

     Cela s'accompagnait bien entendu d'une grande prospérité économique, dont les fructueux échanges commerciaux, favorisés par la position géographique idéale, trait d'union entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, étaient grandement redevables, hélas! au commerce d'ébène, autrement dit l'esclavage.

     Loin de ce passé prestigieux on y trouve de nos jours de très beaux bijoux confectionnés à partir de paille tressée, aspergée d'une magnifique cire de couleur jaune safrané, ressemblant ainsi à des joyaux de fils d'or filigranés. Il s'agissait, pour les femmes de basse extraction, d'exhiber des bijoux imitant ceux en or véritable dont la possession était exclusivement réservée aux femmes libres et riches.

     Ces petits trésors étaient fabriqués par les femmes Kalan, descendantes des enfants issus des seconds mariages que les femmes Songhaï pouvaient contacter avec des hommes de leur propre ethnie après qu'elles fussent contraintes au divorce par leurs maris marocains, maîtres des lieux.

     Quelques personnes continuent de produire ces très belles parures en paille tressée qui entrent à la fois dans la catégorie des bijoux d'or de fantaisie et de celle des colliers odorants. En Mauritanie, d'après la tradition, on y voit là des colliers de mariage.

     Car figurez-vous que, la magie des chaudes nuits d'Orient aidant, certains leur prêtent des vertus aphrodisiaques.

 

D'après le livre "Perles d'Afrique", par Marie-Françoise Delarozière, Edisud, 1994

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