La fiesta del Grano

La fiesta del grano ou la fête du grain

     Non loin de Mirabelle Eclano où se déroule la fameuse parade La Grande Tirata, la petite ville de Foglianise, province de Bénévent en Campagnie, à environ 60 km de Naples, propose un des spectacles les plus intéressants auquel il nous soit donné d'assister. Ce lieu est remarquable par l'originalité, la variété et la virtuosité des tresseurs de paille, travaux qui se déclinent en reproductions de monuments célèbres du monde entier, exposées à l'admiration du public lors de défilés annuels.

     Foglianise est connue depuis la préhistoire car l'on y a trouvé des poteries et des objets en obsidienne d'époque néolithique. Elle était habitée par les Samnites, population pré-romaine farouche au point d'avoir fait passer les troupes romaines sous les Fourches Caudines en 321 av. J.C. Mais malgré tout les Romains réussirent à s'établir dans le coin, y fondant la ville de Foglianise, du nom d'un certain Folius dont nous savons peu de choses, en bordure de la Via Latina, immense artère qui reliait Rome à la ville de Capoue, une situation rendant propice le développement économique de ce gros bourg.

     Quelques séismes plus loin, tout en survivant tant bien que mal aux chicanes Lombardes, Normandes ou du fait des Bourbons, Foglianise a fini par trouver le calme, au pied du mont Caruso dont le doux climat est propice à de belles promenades dans ces paysages variés et vallonnés. Vignes, oliviers, céréales sont les principales cultures locales. L'artisanat est classique avec peut-être une préférence marquée pour les tissages de qualité.

     c'est sans doute cet attrait pour le tissage qui a donné naissance à la plus grande fête locale, bien qu'il s'agisse alors du tissage des fibres tirées à l'origine du maïs et, de nos jours, de la paille. Car savez-vous ce qui préoccupe et occupe les 3600 habitants pour la date fatidique du 16 août? Tous les ans, à cette date, se déroule la Fête de Grain, que je vais tenter de vous présenter, car ce qui m'émeut me meut.

     L'origine en est discutée. Certains remontent aux temps lointains de la déesse Fortuna, bien oubliée aujourd'hui mais particulièrement vénérée par les anciens Romains et dont le culte fut associé à celui de Cérès, la Déméter des Grecs. Lors de cérémonies liées aux récoltes des gerbes de céréales leur étaient offertes pour s'attirer leurs bonnes grâces.

     Au cours du 17ème siècle une épidémie de peste arrivée sans doute dans les fontes des Espagnols venus s'établir dans la région, donna à Saint Roch, à peine débarqué de Montpellier, l'occasion de s'illustrer en éradiquant le mal affreux, parsemant son passage de miracles nombreux et variés. Reconnaissants, les habitants offrirent alors des gerbes de blé dans les chapelles, monastères et églises, aux temps des Pâques, en l'honneur du saint.

     D'autres font remonter tout ça à l'époque d'Auguste, le premier empereur romain. Ayant eu la bonne idée de se faire déifier de son vivant, ses sujets ne manquaient pas de lui offrir les fruits de leur travail durant le mois d'août ainsi nommé en l'honneur d'Auguste, geste qui perdura pendant des siècles. Les deux traditions proposant leurs propres festivités comme de bien entendu.

     Organiser deux fêtes par an avec des postures assez semblables finit par occasionner quelques questionnements au sein de la communauté foglianesara. Une était du ressort de l’Église et l'autre de la commune. Le petit monde de Don Camillo, quoi! Ce n'est qu'en 1856 que les deux parties décidèrent d'un commun accord de fusionner les deux cérémonies et de consacrer le 16 août, jour de la fête du saint, à la célébration de Saint Roch, appelé le pèlerin de Montpellier, le vainqueur de la peste. D'où la conclusion de ceux qui prétendent que là est l'origine de la Fête du Maïs, devenue la Fête du Grain en 1990.

     Les avis divergent d'autant plus qu'il n'existe pas d'archives concluantes sur l'origine de cette fête. Mais l'on peut avancer sans grands risques que l’Église a suivi une antique coutume païenne pour mieux ancrer la foi dans les cœurs locaux. Apparemment les dons en céréales auraient succédé aux importantes sommes d'argent que versaient les fidèles à l'église de St Roch, d'après les archives des 17° et 18° siècles, car guerres et peste avaient quelque peu ruiné la région.

     Aux temps premiers les gerbes de blé étaient portées en procession par des jeunes filles jusqu'en l'église où elles se rangeaient sagement. Les dons augmentant l'on dut faire appel à des chars tirés par des bœufs pour transporter de si gros volumes que les jeunes filles ne prenaient en charge qu'une fois arrivées au seuil du lieu saint. Puis l'on prit l'habitude de décorer les chars (même si les jeunes filles en demeuraient l'élément le plus charmant). Et de confectionner et de tisser de belles guirlandes de paille de blé. Le 19° siècle finissant vit apparaître des autels votifs dédiés à St Roch, les peintures se trouvant rehaussées de motifs en paille tressée. Enfin le 20°siècle enregistra les premiers essais d'un travail plus ambitieux dans lequel la difficulté et la variété des tresses accompagnaient, habillaient des représentations en "3D" de façades d'édifices religieux parmi les plus connus d(Italie.

     Depuis quelques années les artisans qui se consacrent à la confection des décors ne connaissent aucune limite. Ne les voit-on pas construire des façades de cathédrales de grandes dimensions, 3 ou 4 mètres de hauteur, strictement fidèles aux originales, avec tous les détails architecturaux ou sculpturaux. Mais également des phares, ponts, autels, moulins, arcs de triomphe, campaniles, statues, fontaines, voitures (Ferrari bien sûr), navires. Les merveilles de l'étranger sont traitées du même soin, Petra, cathédrale d'Orléans, Sagrada Familia de Barcelone, Statue de la Liberté, Tour Eiffel ou N.D. de Chartres. Je compatis, aussi je ne citerai pas les statues de saints, les orgues, Pinocchio, la coupe du monde, le Colisée, que sais-je encore!

     Et tout ça, renouvelé chaque année, fixé sur des chars désormais tirés par des tracteurs,défile par les rues de Foglianise devant des files de spectateurs du coin et des touristes de plus en plus nombreux.

     Cet évènement diffère de celui de Mirabella Eclano; Si les techniques décoratives sont similaires, elles sont appliquées à Mirabella Eclano sur une seule œuvre, un gigantesque campanile haut de 25 m, le challenge étant de le promener à travers la ville, tiré à cous de bœufs et à bras d'hommes chargés de prévenir les risques de chutes. A Foglianise il s'agit d'un défilé de plusieurs chars, comme dans le Corso de Nice par exemple, chaque char portant une construction distincte. Le point commun étant que la paille est quasiment le seul matériau utilisé pour décorer, habiller les structures, ces dernières étant essentiellement construites en bois. Il s'agit donc, dans les deux cas, d'un véritable festival de la tresse de paille, sous toutes ses formes, dans tous ses attraits.Avec chaque fois un réel enchantement pour les yeux. Il n'y a qu à regarder et écouter les spectateurs. Ils ne simulent pas tous, quand même!

     Bien entendu l'attrait touristique est devenu un enjeu commercial très important, ce qui a pour conséquence de transformer peu à peu l'aspect purement religieux de l'évènement en une grande fête populaire, où les artisans rivalisent d'ingéniosité et de savoir-faire pour construire des œuvres de plus en plus sophistiquées qui commencent à attirer l’œil de caméras de télévision.

     Nous avons vu que les chars sont dorénavant,tirés par des tracteurs, voire des camions selon leur importance. En effet ils sont classés en quatre catégories, petites voitures, chars moyens, voitures neuves et grandes traditionnelles. Durant le défilé les chars sont accompagnés de groupes folkloriques en costumes traditionnels présentant des thèmes religieux ou relatifs à l'histoire locale. Une compagnie d'enfants exhibe différents objets travaillés suivant des techniques variées de tressage de la paille, alors que le groupe le plus célèbre est composé de femmes costumées, portant sur leur tête des paniers remplis de "Gregne", mot qui, en dialecte foglianesaro, désigne une gerbe de blés avec leurs épis, coupés et attachés, renouant ainsi avec la tradition des origines.

     Tout ce beau monde se retrouve Via Consortium Vitulanese et le cortège s'élance à travers une foule extrêmement dense et enthousiaste, marque la pause devant la chapelle St Roch où hommage est rendu au saint, et débouche quatre heures plus tard sur la Piazza Santa Maria au son des chants et des prières.

     Les sept cents bénévoles qui ont consacré tout leur temps libre à confectionner les différentes façons d'accorder la paille des semaines durant, peuvent enfin respirer et ne pas "pleurer" la bière et le vin qui les attendent dans les éclats des feux d'artifice qui rehaussent encore la splendeur des reflets de la paille. Les spectateurs ne sont pas en reste, effectuant une fusion naturelle entre autochtones et visiteurs étrangers.

     La fête est finie. Les œuvres vont alors rejoindre les cités, églises, musées italiens ou étrangers à qui elles auront été offertes, prêtées ou vendues. En attendant celles de l'an prochain.noto.jpg

Pour en savoir plus:

www.comune.foglianise.bn.it

www.foglianise.org

    

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