Suisse : Tresses et cordonnets pour la chapellerie

En Suisse l'art de la paille est défendu de la plus belle manière par la Fondation Suisse pour le Travail de la Paille. Le président, Fredy Helfer et son épouse Liselotte, qui ioule comme personne (iouler ou jodler = chanter à la façon tyrolienne), se dévouent sans compter depuis vingt ans pour la défense et illustration d'un art ancien et particulier à la Suisse, la fabrication des "agréments", ces petits ornements confectionnés à partir de tresses et de cordonnets de paille, qu'il ne faut pas confondre avec les "corn dollies"anglaises, et qui ornent de si charmante façon chapeaux et vêtements traditionnels.

Mais surtout la Fondation maintient au plus haut la fabrication de chapeaux de paille avec le chalumeau noué, non avec la paille tressée. Au point que Fredy Helfer a été amené à confectionner, entre autres, les chapeaux portés par Gérard Depardieu dans le film "Vidocq". Un chapeau noué demande 2500 noeuds au minimum.

On peut remonter jusqu'en 1593 pour trouver la première mention historique du travail de la paille dans les archives de la Confédération Helvétique. Il semble que des mercenaires, autre spécialité du pays, l'ont peut-être ramené de Florence. Les archives ont gardé la trace du paiement d'un loyer au moyen de deux chapeaux de paille en 1662.

Au 17ème siècle le tressage de la paille est très répandu en Argovie où les femmes sont les premières à porter des chapeaux de paille. La plus ancienne société commerciale de tresses de paille est fondée à Wohlen en 1783 et le pionnier du tressage de la paille, Jacob Isler, fonde sa propre entreprise en 1787. Elle fermera ses portes en 1991.

A cette époque les hommes adoptent à leur tour cette coiffe si pratique et agréable à porter. Cette activité devient vite une véritable industrie, des écoles de tressage ouvrent leurs portes dès 1806, les premiers métiers à tisser apparaissent en 1825 pour développer encore le travail à domicile. Autre innovation, autour des années 1830, le crin de cheval est combiné avec la paille pour être travaillés sur des métiers à tisser fournis par les passementiers lyonnais, et l'on assiste aux débuts de la teinture de la paille.

Dans ces vallées où l'hiver confine les paysans chez eux, on estime que 50 000 personnes se consacrent à cette activité d'élaboration de tresses et de cordonnets que des commissionnaires récupèrent régulièrement pour alimenter les grandes entreprises chapelières.

1836 marque le début des relations commerciales avec l'Amérique. A la fin du siècle un million de canotiers y sont exportés annuellement.

En 1840 apparaissent les premiers tortillons ou cordonnets, puis les divers ornements de passementeries. Les agents commerciaux parcouraient l'Europe, proposant aux grands couturiers du temps ces ornements dont ils possédaient les échantillons dans des présentoirs portables.

La fin du siècle marque le déclin inexorable de cette florissante industrie qui entre en crise à cause de la concurrence belge, française ou italienne, mais surtout à cause des importations massives venues d'Asie, Japon et Chine (Oui, oui déjà à cette époque! Comme quoi on a rien inventé). Autres ennemis, les matériaux synthétiques supplantèrent paille, chanvre et crin de cheval en provenance d'Allemagne.

En 1920 seules une trentaine de femmes s'obstinent dans cette voie sans issue, mais, miracle! elles reçoivent un renfort de taille en la personne du chanteur français le plus connu dans le monde, Maurice Chevalier qui porte le canotier comme un étendard. Le rayonnement international de l'artiste donne au chapeau de paille un nouvel élan exceptionnel. Et, de nouveau, des millions de chapeaux traversent l'Atlantique, et coiffent les têtes les plus célèbres comme les plus anonymes dans le monde entier.

Ce fut là le chant du cygne de cette activité. Son avenir s'appelait dorénavant musée. La dernière fabrique baissa définitivement son rideau en 1988, alors que le "Freiämter Strohmuseum" voyait le jour à Wohlen, près de Zürich, dès 1976.

La Fondation Suisse pour le Travail de la Paille a été fondée en 1993. Elle se consacre avec passion à la renaissance de l'art du chapeau de paille au moyen de stages, conférences, visites de musée, démonstrations pratiques, films vidéos.

Au cours de ses recherches dans les archives, elle a fini par retrouver quelques grains de la variété de blé appelée Rouge de Gruyère, de par la couleur des épis et sa région d'origine, utilisée dans les temps jadis. Cette variété, réputée pour la perfection de son aspect et son aptitude à ce genre de travail, avait complètement disparu depuis des décennies. Ce blé était cultivé uniquement pour son chaume dont le premier brin, situé entre l'épi et le premier nœud, est utilisé pour la confection des tresses et des cordonnets grâce à la souplesse due à sa faible épaisseur, et à son absence de tâches.

On peut qualifier ce blé d'écologique car l'utilisation d'engrais en est bannie. L'apport d'azote pourrait, certes, accélérer sa croissance mais, chaque médaille ayant son revers, cela se traduirait par l'apparition de tâches et de manque de fermeté dans la fibre. Les semailles se font fin février- début mars, la récolte ayant lieu à l'apparition du jaunissement des tiges, alors que le grain en est au stade laiteux-farineux.

La Fondation se propose de vous fournir les grains, le mode d'emploi et toute l'assistance nécessaire si toutefois votre balcon le permet.

Vous saurez tout sur la Fondation Suisse pour le Travail de la Paille en consultant son site dans les rubriques Partenaires.

 

Freiämter Strohmuseum, Musée de la Paille, Wohlen, Suisse.

Devant le déclin inéluctable, la maison Isler avait pris l'excellente initiative de fonder, dès 1976, un musée consacré à la conservation de ce patrimoine unique.

Wohlen, petite ville de 14 000 habitants, à environ vingt kilomètres au sud-ouest de Zürich, avait été la plaque tournante de l'industrie suisse de la paille. Là avait été fondée la première fabrique de chapeaux de paille, là avait été mises au point les sept méthodes de tressage qui occupaient 50 000 personnes des environs. 4 000 à 5000 femmes se consacraient exclusivement à la préparation du crin de cheval venu d'Allemagne pour former les inombrables chaînes de tissage alimentant les 15 000 métiers à tisser la passementerie, pendant que 30 000 rouets confectionnaient, à partir des cordonnets, dont l'origine est inconnue, les trames qui, mariées à la chaîne en soie ou en satin, se transformaient en d'exquises broderies.

Situé donc au centre de la cité, en face du siège de l'ancienne usine Isler, ce charmant hôtel abrite de véritables trésors. On y trouve des registres, des livres de comptes, mais aussi des outils, des métiers à tisser, des métiers à bras de passementiers, des laminoirs, des emporte-pièce, des matrices d'estampage et surtout de nombreux chapeaux d'un ravissement extrême.

Mais également des tissages, des dentelles, des broderies au crochet, des volumes remplis d'échantillons de galons. Ces volumes, mis à jour à chaque changement de collection, servaient d'outils de travail aux représentants qui sillonnaient l'Europe des grands couturiers.

Et enfin une admirable collection de vêtements liturgiques, des étoles et des chasubles brodées à orfroi sur lesquelles paille, perles de verre, soie, composent une symphonie de lumière éblouissante.

Ces chasubles sont à rapprocher de celles conservées dans l'église de Nozeroy, dans le Jura français. Sorties des mêmes couvents, menacées pendant la crise de folie destructrice de la période révolutionnaire, certaines furent cachées par des particuliers et d'autres furent mises en lieu sûr de l'autre côté de la frontière suisse.

 

 

 

 

Freiämter Strohmuseum

Bankweg 2

5610 Wohlen

Suisse

M. Dieter Kuhn

strohmuseum@wohlen.ch

 

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