La paille et les origines du monde

Nous avons vu précédemment comment les anciens Grecs expliquaient l'origine de l'homme et l'apparition du blé, donc de la paille, sur la terre. Nous savons maintenant que le blé et l'orge, tout comme l'olivier, poussaient naturellement dans cette région dite « entre les fleuves » constituée des alluvions du Tigre et de l'Euphrate, que l'on appelle la Mésopotamie. Telle était la bienveillance de cet endroit qu'il fut nommé le Croissant Fertile .
    Arrivés sans doute des confins de l'Inde dès le IV° millénaire av. J.-C, les Sumériens développèrent l'agriculture par leur connaissance de l'irrigation. En effet les premiers occupants étaient des chasseurs-cueilleurs nomades vivant de prélèvements sur la nature. Ils y trouvaient, à l'état naturel, l'orge, la céréale la plus importante au Néolithique; puis les blés, ensemble complexe où les botanistes eux-mêmes n'ont toujours pas retrouvé leur latin car ils diffèrent par leur nombre de chromosomes et par la constitution de leurs génomes (je parle des blés, non des botanistes). Nous ferons plus tard une petite étude pour approfondir ce point. Puis venait l'engrain ou petit épeautre, dont les plus anciens restes sauvages datent de 10 000 ans av. J.-C, alors que les plus anciens restes cultivés remontent à – 7000 ans; enfin l'amidonnier ou emmer, blé destiné à la production de l'amidon, d'aliment sous forme de bouillies, et de bière. On en a retrouvé des restes sauvages de -17 000 et des cultivés de – 7800. Les Sumériens trouvèrent des populations alors sédentarisées, pratiquant agriculture et élevage améliorés. Les pailles étaient utilisées pour l'alimentation et les soins des animaux domestiques, pour l'amélioration de l'habitat par la confection de toits et de nattes, en vanneries ou en vêtements comme nous l'a révélé le célèbre Etendard d'Our (III° millénaire av. J.- C).
    L'importance des céréales et de leur support étaient telle dès les premiers pas de l'homme sur terre que toutes les religions les ont placées au premiers rang des bienfaits accordés par (les) Dieu(x) aux humains.
    Voyons comment la Mésopotamie a perçu cette importance.
    A l'origine est le couple primordial formé de Apsou, élément masculin représentant l'eau douce qui coule sous la terre, et de son correspondant féminin, Tiamat, la Mer Salée. Leur rejeton le plus célèbre fut Enki (en sumérien) appelé Ea par les akkadiens. Dieu de l'eau, il règne sur l'océan primordial. Enki composa, avec Enlil, représentant la Terre, qui fut l'instigateur du déluge mais aussi l'inventeur de la charrue et de la pioche, et Anu l'En-Haut, dieu du ciel, la Triade cosmique du Panthéon mésopotamien.  Et alors Ea lors épousa dame Damkina (pas d'origine connue). Le fruit de cette union fut un charmant bambin que l'on baptisa Mardouk. Débordant d'activité Enki passa ses moments libres à inventer l'écriture, l'artisanat et les sciences.
    Mais chez ces gens-là rien n'est simple, vous savez. Enki aurait pu goûter quelque repos bien mérité. Et bien non, voilà qu'il se met en tête d'organiser le monde à sa façon. Et de trucider Apsou son père avec le corps duquel il formera le monde d'En-Bas sur lequel flottera la terre. Jugez du désarroi de Tiamat, sa mère. Comme ces choses-là ne se font pas en public, même dans le meilleur des mondes, Tiamat résolut de punir son ingrat de fils. Ne pouvant le priver de télé (qui, notons-le, n'existait pas à cette époque), elle forma une coalition de divers dieux qui livra une grande bataille cosmique contre le parricide. Alors Mardouk, le fils bien aimé d'Ea mit tout le monde d'accord en tuant Tiamat et en prenant le pouvoir.
    Mardouk devint le plus important des dieux mésopotamiens. Il fut le grand organisateur de l'univers, du ciel et de la terre en utilisant le cadavre de Tiamat. Pragmatique il fit, des dieux qui s'étaient battus contre lui, des ouvriers chargés des travaux nécessaires à la vie des bons dieux (mais c'est bien sûr). N'étant diplômé que de l'ENA (Ecole Nationale d'Admonestation), il eut tôt fait de se mettre à dos tous ces nouveaux esclaves, éhontément exploités. On les vit même se mettre en grève pour améliorer leurs conditions de travail, pour voir augmenter les salaires et sans doute, mais les textes ne sont pas très clairs, pour se faire payer les journées de grève. Le sur-actif Mardouk, et oui! tout arrive, comprit alors qu'il ne pouvait être partout, qu'il fallait déléguer. Je suis sûr que vous vous dites, pensant à Dieu sait qui, qu'il prendrait des mesures pour favoriser ceux qui étaient, après tout des gens de sa condition. Vous avez raison! Il eut l'intuition géniale d'inventer les hommes. Un peu de sang, un peu d'argile et voilà la solution. Et qui c'est qui va se taper les boulots à la noix pour quelques dattes, qui c'est qui va prendre le bourricot le matin à point d'heure comme on dit entre Rhône et Saône, qui c'est qui va pointer et se voir sauter des quart d'heure pour la moindre minute de retard? Qui c'est qui va s'empoisonner avec une alimentation qui rend l'homme biodégradable avant l'heure? Qui c'est qui se va se polluer les poumons dans une circulation démentielle avec les fumets dégagés par les ânes, moutons, chèvres et autres bestiaux? Ne cherchez pas plus loin, vous connaissez la réponse, c'est l'homme. Allez mon petit, dis merci au Monsieur!

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